Compte ou police de libre passage : choisir entre les deux.
Quand vos avoirs LPP atterrissent dans une fondation de libre passage, vous avez deux options : compte bancaire ou police d'assurance. Le bon choix dépend de votre âge, de votre horizon, et de votre besoin de couverture risque.
Vous quittez un employeur. Vos avoirs LPP doivent aller quelque part. Si vous n'avez pas de nouvelle caisse de pension, ils atterrissent dans une fondation de libre passage. Là, deux supports possibles : un compte bancaire ou une police d'assurance. Personne ne vous explique vraiment la différence à ce moment-là. C'est le but de cet article.
La distinction en une phrase
Le compte est un produit bancaire : votre argent porte un intérêt, point. La police est un produit d'assurance : votre argent porte un intérêt et vous achetez en plus une couverture (typiquement décès et/ou invalidité). C'est plus complet, c'est aussi plus cher.
Comparatif côte à côte
| Critère | Compte (banque) | Police (assureur) |
|---|---|---|
| Nature juridique | Contrat bancaire (LFLP art. 10) | Contrat d'assurance vie (LFLP art. 10) |
| Rémunération | Taux d'intérêt variable (typique 0,1 à 1,2 %) | Taux garanti faible (souvent 0–0,5 %) + participation aux bénéfices |
| Couverture décès | Aucune. Le capital revient aux héritiers. | Capital décès garanti, parfois > avoir actuel |
| Couverture invalidité | Aucune | Rente d'invalidité possible si souscrite |
| Frais | Faibles (typique 0,1–0,4 %) | Élevés (frais d'assurance + administration, 1–2 %+) |
| Investissement en titres | Possible (offre de la fondation, 0,5–1 % de frais) | Possible mais plus rare et opaque |
| Souplesse | Transfert ou retrait à tout moment légal | Pénalités possibles en cas de résiliation anticipée |
| Garantie en cas de faillite | Privilège LFLP (avoir séparé du bilan bancaire) | Réserve assurance vie (Fonds de garantie ASA si rupture) |
Quand le compte est le bon choix
Le compte est le choix par défaut sain pour la grande majorité des situations. Il est transparent, peu cher, et ne vous engage pas dans une couverture que vous n'avez pas demandée.
- Vous avez moins de 50 ans et votre horizon de retraite est lointain. Les frais cumulés d'une police pèsent lourd sur 20 à 30 ans.
- Vous êtes en transition courte (entre deux jobs, congé sabbatique). Pas la peine de souscrire une police pour quelques mois.
- Vous avez déjà une couverture risque ailleurs : 3ᵉ pilier 3a/3b avec capital décès, assurance vie privée, couverture employeur encore active pendant la transition.
- Vous voulez garder l'option d'investir en titres avec des frais maîtrisés. Les fondations bancaires proposent des solutions ETF avec des TER autour de 0,5 %, plus transparent qu'une police.
- Votre objectif est le retrait à court ou moyen terme (départ, achat logement, indépendance). Une police bloque ou pénalise davantage.
Quand la police peut faire sens
Plus rare. La police a un intérêt dans des situations spécifiques :
- Vous êtes seul soutien de famille et vous n'avez aucune autre couverture décès. La police comble le risque que votre 2ᵉ pilier disparaisse à votre décès si vous n'êtes pas marié, ou si la rente de partenaire de votre caisse n'existe pas.
- Vous êtes en transition longue (plusieurs années sans emploi) et la couverture invalidité de votre ancienne caisse expire.
- Vous avez un profil de santé qui rendrait difficile la souscription d'une assurance privée plus tard. La police de libre passage peut être souscrite sans questionnaire de santé selon les assureurs.
Un exemple chiffré
Avoir LPP de CHF 95 000 à transférer pour 24 mois avant nouveau poste. Mariée, partenaire avec emploi stable, déjà couverte en 3a.
- Avoir à placer
- CHF 95 000
- Durée prévue
- 24 mois
- Profil risque
- Très bas (couverte ailleurs)
- Compte — frais 2 ans estimés
- CHF 240 ~0,12 % par an, sans investissement titres
- Police — frais 2 ans estimés
- CHF 1 800 ~0,9 % par an + frais d'assurance
- Différence
- CHF 1 560 au profit du compte, sans perte de couverture
Comment passer d'une police à un compte (ou inversement)
Le transfert est légal et possible à tout moment. La procédure :
- Ouvrir un compte (ou souscrire une police) dans la nouvelle fondation cible.
- Demander à l'ancienne fondation un transfert de prestation de libre passage en indiquant l'IBAN de la nouvelle.
- L'ancienne fondation procède au transfert sous 30 jours en général.
- Vérifier que le montant transféré correspond à votre prestation de libre passage figurant sur le dernier décompte.
Attention : les polices peuvent comporter des pénalités de résiliation anticipée — surtout dans les premières années. Demandez la valeur de rachat avant tout transfert. Si elle est inférieure aux primes versées, attendez quelques années ou pesez l'écart.
Le piège de la double détention
La loi limite à deux comptes de libre passage par bénéficiaire. Mais en pratique, beaucoup de personnes en ont plus, en changeant d'avis ou en oubliant un ancien compte. Si vous suspectez avoir oublié un compte, c'est exactement le service que rend la Centrale du 2ᵉ pilier, et que Pillarum complète en interrogeant les fondations privées.
- 01Le compte est le choix par défaut sain : transparent, peu cher, souple.
- 02La police ajoute une couverture risque (décès, invalidité) — utile si vous n'en avez aucune autre, sinon elle coûte cher pour rien.
- 03Les frais cumulés sont la vraie différence sur 10–20 ans : un point de frais en plus = des dizaines de milliers de francs en moins à la retraite.
- 04Un transfert compte ↔ police est toujours possible — vérifier juste les pénalités de résiliation des polices.
Pour creuser les frais cachés des fondations de libre passage, voyez notre comparatif des frais. Et si vous voulez une vue d'ensemble du libre passage en général, retournez à notre guide du libre passage.