fondamentaux

Compte ou police de libre passage : choisir entre les deux.

Quand vos avoirs LPP atterrissent dans une fondation de libre passage, vous avez deux options : compte bancaire ou police d'assurance. Le bon choix dépend de votre âge, de votre horizon, et de votre besoin de couverture risque.

Par Pillarum
Article éditorial · sources vérifiées
7 min de lecture
Publié

Vous quittez un employeur. Vos avoirs LPP doivent aller quelque part. Si vous n'avez pas de nouvelle caisse de pension, ils atterrissent dans une fondation de libre passage. Là, deux supports possibles : un compte bancaire ou une police d'assurance. Personne ne vous explique vraiment la différence à ce moment-là. C'est le but de cet article.

La distinction en une phrase

Le compte est un produit bancaire : votre argent porte un intérêt, point. La police est un produit d'assurance : votre argent porte un intérêt et vous achetez en plus une couverture (typiquement décès et/ou invalidité). C'est plus complet, c'est aussi plus cher.

Les deux sont juridiquement équivalents
Compte ou police, dans les deux cas, vos avoirs LPP restent assujettis à la LFLP (loi sur le libre passage). Même fiscalité, mêmes conditions de retrait, mêmes règles UE/AELE. La différence est uniquement dans ce qu'on vous offre en plus du capital.

Comparatif côte à côte

Compte de libre passage vs Police de libre passage
CritèreCompte (banque)Police (assureur)
Nature juridiqueContrat bancaire (LFLP art. 10)Contrat d'assurance vie (LFLP art. 10)
RémunérationTaux d'intérêt variable (typique 0,1 à 1,2 %)Taux garanti faible (souvent 0–0,5 %) + participation aux bénéfices
Couverture décèsAucune. Le capital revient aux héritiers.Capital décès garanti, parfois > avoir actuel
Couverture invaliditéAucuneRente d'invalidité possible si souscrite
FraisFaibles (typique 0,1–0,4 %)Élevés (frais d'assurance + administration, 1–2 %+)
Investissement en titresPossible (offre de la fondation, 0,5–1 % de frais)Possible mais plus rare et opaque
SouplesseTransfert ou retrait à tout moment légalPénalités possibles en cas de résiliation anticipée
Garantie en cas de faillitePrivilège LFLP (avoir séparé du bilan bancaire)Réserve assurance vie (Fonds de garantie ASA si rupture)
Source : LFLP art. 10, OLP, FINMA — Application 2024

Quand le compte est le bon choix

Le compte est le choix par défaut sain pour la grande majorité des situations. Il est transparent, peu cher, et ne vous engage pas dans une couverture que vous n'avez pas demandée.

  • Vous avez moins de 50 ans et votre horizon de retraite est lointain. Les frais cumulés d'une police pèsent lourd sur 20 à 30 ans.
  • Vous êtes en transition courte (entre deux jobs, congé sabbatique). Pas la peine de souscrire une police pour quelques mois.
  • Vous avez déjà une couverture risque ailleurs : 3ᵉ pilier 3a/3b avec capital décès, assurance vie privée, couverture employeur encore active pendant la transition.
  • Vous voulez garder l'option d'investir en titres avec des frais maîtrisés. Les fondations bancaires proposent des solutions ETF avec des TER autour de 0,5 %, plus transparent qu'une police.
  • Votre objectif est le retrait à court ou moyen terme (départ, achat logement, indépendance). Une police bloque ou pénalise davantage.

Quand la police peut faire sens

Plus rare. La police a un intérêt dans des situations spécifiques :

  • Vous êtes seul soutien de famille et vous n'avez aucune autre couverture décès. La police comble le risque que votre 2ᵉ pilier disparaisse à votre décès si vous n'êtes pas marié, ou si la rente de partenaire de votre caisse n'existe pas.
  • Vous êtes en transition longue (plusieurs années sans emploi) et la couverture invalidité de votre ancienne caisse expire.
  • Vous avez un profil de santé qui rendrait difficile la souscription d'une assurance privée plus tard. La police de libre passage peut être souscrite sans questionnaire de santé selon les assureurs.
Attention au discours commercial
Les conseillers en assurance ont un intérêt structurel à vendre la police plutôt que le compte (commissions). Demandez systématiquement le détail des frais sur la durée du contrat, pas seulement la prime annuelle. Et comparez avec une couverture risque souscrite séparément en 3ᵉ pilier.

Un exemple chiffré

Cas concret
Stéphanie, 40 ans, transition de 2 ans entre deux postes

Avoir LPP de CHF 95 000 à transférer pour 24 mois avant nouveau poste. Mariée, partenaire avec emploi stable, déjà couverte en 3a.

Hypothèses
Avoir à placer
CHF 95 000
Durée prévue
24 mois
Profil risque
Très bas (couverte ailleurs)
Résultats
Compte — frais 2 ans estimés
CHF 240
~0,12 % par an, sans investissement titres
Police — frais 2 ans estimés
CHF 1 800
~0,9 % par an + frais d'assurance
Différence
CHF 1 560
au profit du compte, sans perte de couverture
Estimation indicative. Les frais réels varient selon la fondation et le contrat. Pour Stéphanie, le compte gagne sans question puisque sa couverture risque est assurée par ailleurs.
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Comment passer d'une police à un compte (ou inversement)

Le transfert est légal et possible à tout moment. La procédure :

  1. Ouvrir un compte (ou souscrire une police) dans la nouvelle fondation cible.
  2. Demander à l'ancienne fondation un transfert de prestation de libre passage en indiquant l'IBAN de la nouvelle.
  3. L'ancienne fondation procède au transfert sous 30 jours en général.
  4. Vérifier que le montant transféré correspond à votre prestation de libre passage figurant sur le dernier décompte.

Attention : les polices peuvent comporter des pénalités de résiliation anticipée — surtout dans les premières années. Demandez la valeur de rachat avant tout transfert. Si elle est inférieure aux primes versées, attendez quelques années ou pesez l'écart.

Le piège de la double détention

La loi limite à deux comptes de libre passage par bénéficiaire. Mais en pratique, beaucoup de personnes en ont plus, en changeant d'avis ou en oubliant un ancien compte. Si vous suspectez avoir oublié un compte, c'est exactement le service que rend la Centrale du 2ᵉ pilier, et que Pillarum complète en interrogeant les fondations privées.

À retenir
  • 01Le compte est le choix par défaut sain : transparent, peu cher, souple.
  • 02La police ajoute une couverture risque (décès, invalidité) — utile si vous n'en avez aucune autre, sinon elle coûte cher pour rien.
  • 03Les frais cumulés sont la vraie différence sur 10–20 ans : un point de frais en plus = des dizaines de milliers de francs en moins à la retraite.
  • 04Un transfert compte ↔ police est toujours possible — vérifier juste les pénalités de résiliation des polices.

Pour creuser les frais cachés des fondations de libre passage, voyez notre comparatif des frais. Et si vous voulez une vue d'ensemble du libre passage en général, retournez à notre guide du libre passage.

Sources & références

  1. LFLP, art. 10 — Maintien de la prévoyance par compte ou police
  2. OLP — Ordonnance sur le libre passage
  3. FINMA — Surveillance des assureurs vie
  4. ASA — Association suisse d'assurances

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